Le quartier a une particularité que ses habitants finissent par ne plus voir : il ressemble déjà à un décor. Pas de tour, pas de verre, des pavés, des façades du XVIIIᵉ et une colline. Les réalisateurs l'ont compris depuis longtemps.
La Boum, 1980 : le lycée et le coin du Panthéon
Claude Pinoteau tourne La Boum à l'automne 1980. Sophie Marceau a treize ans et n'a jamais joué. Le film fera plus de quatre millions d'entrées en France, et pour toute une génération européenne il restera le film de l'adolescence.
Le lycée de Vic, c'est le lycée Henri-IV, 23 rue Clovis, dans le 5ᵉ. On le reconnaît à sa longue façade et à ses grilles. C'est devant lui, et dans un angle du Panthéon côté place Sainte-Geneviève, que se tourne la scène où deux garçons en moto abordent les deux adolescentes qui discutent sur le trottoir.
Le choix n'est pas anodin : Henri-IV est installé dans les bâtiments de l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève, dont la tour Clovis, clocher roman du XIᵉ siècle, dépasse encore du mur. Un film sur des collégiens de 1980 a donc été tourné dans un monastère médiéval, à cinquante mètres du tombeau des grands hommes de la République. Personne ne le remarque à l'écran, et c'est très bien ainsi.
Le reste du film s'éparpille dans Paris : la boîte à rollers de la porte de Champerret, la brasserie La Coupole à Montparnasse, le cinéma La Pagode rue de Babylone, Versailles.
Minuit à Paris, 2011 : l'escalier de l'Abbé-Basset
Dans le film de Woody Allen, Gil, écrivain américain en panne, s'assied sur des marches à minuit. Une Peugeot des années 1920 s'arrête, des fêtards l'invitent à monter, et il se réveille chez Fitzgerald.
Ces marches existent. Elles sont place de l'Abbé-Basset, un recoin minuscule au flanc de Saint-Étienne-du-Mont, à l'angle de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. On y accède en trente secondes depuis le Panthéon.
C'est l'un des rares cas où un lieu de tournage est devenu une attraction : les visiteurs s'y assoient pour la photo, parfois à minuit. Les riverains ont des avis partagés, ce qui se comprend.
Le choix du décor est juste : cette place est un carrefour d'époques. Derrière, une église commencée en gothique et finie en classique. En face, une rue qui suit un tracé médiéval. Au bout, un monument néoclassique. Allen cherchait un endroit où plusieurs siècles cohabitent dans un même champ ; il l'a trouvé à trente mètres du Panthéon.
Before Sunset, 2004 : la librairie
Le film de Richard Linklater commence dans une librairie anglophone de Paris où Jesse présente son roman. C'est Shakespeare and Company, rue de la Bûcherie, face à Notre-Dame, avec ses rayonnages jusqu'au plafond et ses lits entre les livres.
Le reste du film est une marche : les quais, un café, un bateau-mouche, une cour. Tout tient en temps réel, quatre-vingts minutes pour quatre-vingts minutes de récit, ce qui est très rare au cinéma. Le Quartier latin s'y prête parce qu'il est une des seules parties de Paris où deux personnes peuvent marcher une heure sans jamais prendre un transport ni croiser une avenue.
Les salles : trois cinémas dans une rue de cent mètres
Le quartier ne se contente pas d'être filmé, il projette. La rue Champollion, entre la place de la Sorbonne et la rue des Écoles, compte trois salles d'art et essai sur une centaine de mètres. La rue des Écoles en ajoute d'autres.
Ces cinémas programment des rétrospectives toute l'année, en version originale : un cycle Kurosawa, une intégrale Rohmer, un classique du mercredi, des copies restaurées. C'est une densité qu'on ne trouve dans aucun autre quartier de Paris, et elle tient à une chose simple : les étudiants.
Le modèle est fragile. Plusieurs salles historiques du boulevard Saint-Michel et de la rue Monsieur-le-Prince ont fermé depuis les années 1990. Celles qui restent vivent d'un public fidèle et de l'absence d'autre endroit où voir un film de 1953 sur grand écran.
Un usage du quartier : regarder l'affiche avant d'entrer, pas les horaires. Dans ces salles, on entre souvent pour un film dont on n'a jamais entendu parler.
Pourquoi on tourne ici
Trois raisons, et aucune n'est romantique.
Le quartier n'a pas été percé. Haussmann a tracé le boulevard Saint-Germain et le boulevard Saint-Michel, puis s'est arrêté. Le tissu médiéval derrière est intact. Un plan sur la rue de Lanneau ou la rue Jean-de-Beauvais peut passer pour n'importe quelle époque entre 1600 et aujourd'hui, à condition de cadrer serré.
Il y a du relief. Paris est plate ; la montagne Sainte-Geneviève est l'une des rares pentes du centre. Un escalier, une rue qui monte, une perspective fermée par un monument : ce sont des cadeaux pour un chef opérateur.
Il est vivant sans être saturé. On peut y tourner sans bloquer une avenue, contrairement aux Champs-Élysées ou au Marais le week-end.
Questions fréquentes
Où a été tourné le lycée de La Boum ?
Au lycée Henri-IV, 23 rue Clovis dans le 5ᵉ arrondissement, ainsi que dans un angle du Panthéon côté place Sainte-Geneviève pour la scène des motos.
Où est l'escalier de Minuit à Paris ?
Place de l'Abbé-Basset, au flanc de l'église Saint-Étienne-du-Mont, à l'angle de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. C'est à deux minutes du Panthéon.
Peut-on visiter le lycée Henri-IV ?
Non, c'est un établissement scolaire en activité. La tour Clovis, vestige de l'abbaye Sainte-Geneviève, se voit depuis la rue Clovis par-dessus le mur.
Quels cinémas d'art et essai dans le Quartier latin ?
Les salles se concentrent rue Champollion et rue des Écoles. Elles programment des rétrospectives et des copies restaurées en version originale toute l'année.
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