Monuments

Le Panthéon : une église devenue le tombeau de la République

Commandé par un roi pour remercier une sainte, achevé par une Révolution qui en a fait un temple laïque. Deux siècles et demi d'hésitations, et une coupole qui domine le Quartier latin.

De la rue Valette, on ne voit que lui. La rue monte droit vers sa colonnade et s'arrête à ses pieds. C'est un bâtiment qui a changé trois fois de religion, deux fois de nom, et qui a fini par abriter ce qu'une république peut avoir de plus proche d'un lieu saint : le tombeau de ses grands hommes et de ses grandes femmes.

Le vœu d'un roi malade

En 1744, Louis XV tombe gravement malade à Metz. Il fait le vœu, s'il en réchappe, de reconstruire l'abbaye Sainte-Geneviève, alors en ruine, qui veille depuis le VIᵉ siècle sur la sainte patronne de Paris. Il guérit. Il tient parole, avec le retard qui convient à un roi : la première pierre est posée vingt ans plus tard, en 1764.

L'architecte est Jacques-Germain Soufflot, revenu d'Italie où il a été l'un des premiers Français à relever les temples de Paestum. Son idée est ambitieuse jusqu'à la provocation : marier la clarté d'un temple grec à la légèreté d'une cathédrale gothique. Des colonnes, un fronton, et une coupole posée sur quatre piliers aussi fins que possible.

Le calcul passe trop juste. Dès les années 1770, des fissures apparaissent dans les piliers. Une querelle publique oppose Soufflot à ses détracteurs. Il meurt en 1780 sans avoir vu la coupole fermée ; son élève Jean-Baptiste Rondelet achève l'édifice en 1790 en renforçant les supports. L'église est prête à être consacrée au moment précis où la France cesse d'en avoir envie.

Un temple sans dieu

En avril 1791, Mirabeau meurt. L'Assemblée constituante cherche où l'enterrer et décide, par un décret resté fameux, que l'église Sainte-Geneviève recevra « les cendres des grands hommes de l'époque de la liberté française ». Au fronton, on grave la phrase qui s'y lit encore : Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.

Mirabeau y entre, puis en ressort trois ans plus tard quand on découvre sa correspondance avec la Cour. Voltaire arrive en 1791, Rousseau en 1794, et les deux ennemis d'une vie se retrouvent face à face dans la crypte, ce qui n'a échappé à personne.

Le XIXᵉ siècle ne sait plus quoi en faire. Église sous Napoléon, église sous la Restauration, temple sous la monarchie de Juillet, église à nouveau sous le Second Empire. Le va-et-vient dure jusqu'en 1885 : la mort de Victor Hugo, et des funérailles qui rassemblent une foule immense, tranchent la question pour de bon. Depuis, le Panthéon est un monument civil.

Le pendule qui a fait tourner la Terre

En 1851, le physicien Léon Foucault suspend sous la coupole un fil de 67 mètres portant une sphère de 28 kilos. Il la lance. Le plan d'oscillation se décale lentement, heure après heure, de quelques degrés vers la droite.

La démonstration est d'une élégance totale : le pendule, lui, ne tourne pas. C'est le sol qui pivote sous lui. Pour la première fois, la rotation de la Terre se voit à l'œil nu, dans une salle, sans instrument et sans astronomie. Foucault avait d'abord tenté l'expérience chez lui, puis à l'Observatoire, avant d'obtenir le Panthéon et sa hauteur sous coupole.

Un pendule oscille toujours au même endroit aujourd'hui. Ce n'est plus celui de 1851, dont la sphère d'origine est conservée au musée des Arts et Métiers, mais le principe et le spectacle sont les mêmes. On peut rester vingt minutes à le regarder décaler sa trajectoire d'un cran, puis d'un autre.

Qui repose dans la crypte

Ils sont environ quatre-vingts. La crypte est vaste, basse, voûtée, et beaucoup plus silencieuse que la nef.

On y trouve Voltaire et Rousseau, face à face. Victor Hugo, Émile Zola et Alexandre Dumas dans le même caveau. Jean Jaurès, assassiné en 1914 et transféré en 1924. Jean Moulin, dont l'entrée en 1964 a donné lieu au discours d'André Malraux que l'on réécoute encore. Louis Braille, André Malraux lui-même, Alexandre Dumas.

L'entrée des femmes a été tardive et lente. Sophie Berthelot y est admise en 1907, mais en tant qu'épouse, pour ne pas séparer le couple. Il faut attendre 1995 pour que Marie Curie y entre pour ses propres travaux. Puis Germaine Tillion et Geneviève de Gaulle-Anthonioz, résistantes, en 2015. Simone Veil en 2018, avec son mari. Joséphine Baker en 2021, première femme noire à y entrer, sous un cénotaphe car elle repose à Monaco. Missak Manouchian et son épouse Mélinée en 2024.

Une panthéonisation n'est pas un enterrement ordinaire : elle est décidée par le président de la République, et il arrive que le corps reste ailleurs. On parle alors de cénotaphe, un tombeau vide.

Ce qu'il faut voir, et dans quel ordre

La nef. Levez les yeux dès l'entrée : la coupole intérieure est percée d'un oculus qui laisse voir une seconde coupole peinte au-dessus. Soufflot en a superposé trois, emboîtées, pour alléger l'ensemble. C'est son tour de force.

Les peintures de Puvis de Chavannes. Sur le mur droit en entrant, le cycle consacré à sainte Geneviève. La dernière scène, Sainte Geneviève veillant sur Paris, montre la vieille femme sur un rempart, la ville endormie en contrebas. C'est l'une des plus belles choses du bâtiment, et presque personne ne s'arrête devant.

Le pendule, au centre de la croisée.

La crypte, par l'escalier à droite du chœur.

La colonnade, en haut, accessible une partie de l'année. Soixante-dix mètres au-dessus du sol, et l'une des vues les plus complètes de Paris : le Luxembourg et la tour Eiffel d'un côté, Notre-Dame et la Seine de l'autre, Montmartre au fond. La montée se fait par un escalier étroit, et le panorama vaut l'effort.

Les horaires et l'accès à la colonnade varient selon la saison et la météo. Vérifiez avant de venir ; la montée est fermée par grand vent.

Ce qu'il y a autour, en trois minutes à pied

La place du Panthéon est un plateau entouré de bâtiments qui méritent chacun un regard.

  • Saint-Étienne-du-Mont, derrière, à gauche. L'église de sainte Geneviève, et le seul jubé conservé à Paris.
  • La bibliothèque Sainte-Geneviève, en face, par Henri Labrouste. Sa salle de lecture à charpente métallique de 1850 est l'un des plus beaux intérieurs du XIXᵉ siècle français.
  • La mairie du 5ᵉ et la faculté de droit, qui ferment la place.
  • Le lycée Henri-IV, dont on aperçoit la tour Clovis, clocher roman du XIᵉ siècle, dernier vestige de l'abbaye.

Depuis la place, la rue Valette redescend vers la rue des Écoles et la Sorbonne. C'est par là qu'on rejoint le reste du quartier.

Questions fréquentes

Peut-on monter dans la coupole du Panthéon ?

Oui, l'accès à la colonnade extérieure est ouvert une partie de l'année, par un escalier. La montée est suspendue par grand vent et en hiver selon les périodes : vérifiez avant de vous déplacer.

Combien de personnes reposent au Panthéon ?

Environ quatre-vingts, dont une poignée de femmes. Certaines y ont un cénotaphe, c'est-à-dire un tombeau sans corps, comme Joséphine Baker.

Qui décide d'une panthéonisation ?

Le président de la République. La décision est politique, souvent précédée d'une campagne publique, et la cérémonie est organisée par l'État.

Le pendule de Foucault est-il l'original ?

Non. La sphère de 1851 est conservée au musée des Arts et Métiers. Celui qui oscille au Panthéon est une reconstitution, fidèle au dispositif d'origine.

Combien de temps faut-il prévoir ?

Une heure pour la nef et la crypte, une heure et demie si vous montez à la colonnade.

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