Promenades

Le Jardin du Luxembourg et la fontaine Médicis

Un jardin voulu par une reine italienne qui s'ennuyait au Louvre, et au fond d'une allée d'eau, la plus romanesque fontaine de Paris.

Vingt-trois hectares au bout du boulevard Saint-Michel, entre le Quartier latin et Saint-Germain. Les Parisiens y vont pour lire, pour courir, pour jouer aux échecs et pour regarder les enfants pousser des voiliers sur le bassin. Les visiteurs y passent souvent trop vite, et manquent sa plus belle pièce, cachée derrière le palais.

Une reine qui avait le mal du pays

Henri IV meurt assassiné en 1610. Sa veuve, Marie de Médicis, devenue régente, ne supporte plus le Louvre. Elle est florentine, elle a grandi au palais Pitti, et elle veut retrouver quelque chose de cette architecture-là. En 1612, elle achète l'hôtel du duc de Luxembourg, de l'autre côté de la Seine, et fait construire par Salomon de Brosse un palais qui cite ouvertement Florence : bossages, refends, fenêtres encadrées de pierre.

Elle commande en même temps un jardin dessiné à l'italienne, avec des terrasses, des parterres et des bosquets. Elle n'en profitera pas longtemps : son fils Louis XIII la fait exiler en 1631, et elle mourra à Cologne, ruinée.

Le palais est aujourd'hui le siège du Sénat. Le jardin, lui, appartient au Sénat également, ce qui explique une particularité que remarquent tous les habitués : il est fermé la nuit, à une heure qui change chaque mois, annoncée par un coup de sifflet des gardiens. On ne traîne pas au Luxembourg après le coucher du soleil.

La fontaine Médicis

Elle se cache sur le flanc est du palais, au bout d'un long bassin encaissé bordé de platanes. On peut passer à côté sans la voir ; c'est précisément ce qui fait son effet quand on la découvre.

Elle date des années 1630, et on l'attribue à Tommaso Francini, ingénieur hydraulicien florentin que Marie de Médicis avait fait venir. À l'origine, c'est une grotte, un décor de rocaille comme les aimaient les jardins italiens, adossée à un mur.

Elle a failli disparaître. Au milieu du XIXᵉ siècle, le percement de la rue de Médicis passait dessus. Plutôt que de la détruire, l'architecte Alphonse de Gisors la démonte et la remonte une trentaine de mètres plus loin, en 1862, et lui ajoute ce long bassin qui lui donne aujourd'hui sa perspective. L'ajout vaut mieux que l'original.

En 1866, Auguste Ottin installe dans la niche centrale le groupe qu'on y voit : Acis et Galatée surpris par Polyphème. Les deux amants, en marbre blanc, sont couchés dans la grotte ; au-dessus d'eux, le cyclope en bronze noir, tapi sur un rocher, les regarde. Il va écraser Acis sous un bloc de pierre. On n'a jamais mieux dit la jalousie dans un jardin public.

Au revers de la fontaine, un bas-relief plus ancien représente Léda et le cygne. Il vient d'une autre fontaine, rue du Regard, et a été rapporté là lors du déménagement.

Le reste du jardin, par ordre d'intérêt

Le grand bassin octogonal, devant le palais, où l'on loue des voiliers en bois depuis le XIXᵉ siècle. Les enfants les poussent avec un bâton ; c'est l'une des images les plus persistantes du jardin.

Les statues. Il y en a plus de cent. La série la plus connue est celle des reines de France et femmes illustres, vingt figures en pied qui entourent le bassin, commandées par Louis-Philippe en 1843. On y croise sainte Geneviève, Anne de Bretagne, Marguerite de Provence.

Le verger et le rucher. Au sud-ouest, un verger conservatoire de pommiers et poiriers anciens, et un rucher qui fonctionne depuis 1856. La Société centrale d'apiculture y donne des cours, et le miel du Luxembourg se vend une fois par an.

L'Orangerie, qui abrite l'hiver des palmiers et des orangers en caisse, dont certains ont plus de deux siècles, et sert de salle d'exposition.

La petite Statue de la Liberté. Un modèle réduit en bronze offert par Bartholdi, longtemps planté près du musée. L'original a rejoint le musée d'Orsay en 2012 ; c'est une copie qui est en place.

Les chaises. Vertes, métalliques, inclinables, en libre service, et on peut les déplacer. C'est un détail, et c'est ce qui fait la différence entre un parc où l'on passe et un jardin où l'on reste.

Quand y aller

Tôt le matin, à l'ouverture : les allées sont vides, les jardiniers arrosent, la lumière entre à plat dans l'allée de la fontaine Médicis. C'est le meilleur moment, et de loin.

En fin d'après-midi, si vous venez pour l'ambiance : joueurs d'échecs sous les arbres, parties de tennis, le kiosque à musique en été.

À éviter : le dimanche après-midi de printemps, où tout Paris y est.

Le jardin ferme à la tombée de la nuit, entre 16 h 30 en décembre et 21 h 30 en juin. Les horaires sont affichés aux grilles.

Y aller depuis le Quartier latin

Du Panthéon, descendez la rue Soufflot : elle mène droit à la grille d'entrée, cinq minutes de marche en pente douce. De la Sorbonne, comptez sept minutes par la rue Victor-Cousin.

En transport, la station Luxembourg du RER B est devant l'entrée principale, ce qui en fait aussi le point de chute le plus commode en arrivant de Roissy avec des bagages.

Juste au sud, dans l'axe, la fontaine de l'Observatoire de Davioud et Carpeaux, avec ses quatre continents portant la sphère céleste, mérite les trois minutes supplémentaires.

Questions fréquentes

Où se trouve exactement la fontaine Médicis ?

Sur le flanc est du palais du Luxembourg, côté rue de Médicis. Entrez par la grille de la rue de Médicis et longez le palais : elle est au bout d'un long bassin bordé de platanes.

Le Jardin du Luxembourg est-il gratuit ?

Oui. Seuls le musée du Luxembourg et certaines activités sont payants. Le jardin, ses chaises et ses allées sont en accès libre aux heures d'ouverture.

À quelle heure ferme le jardin ?

À la tombée de la nuit, ce qui varie de 16 h 30 en hiver à 21 h 30 en été. Les gardiens sifflent un quart d'heure avant la fermeture.

Peut-on marcher sur les pelouses ?

Sur certaines seulement, signalées. La plupart des pelouses à la française sont interdites, ce qui surprend souvent les visiteurs.

Que voir au Luxembourg avec des enfants ?

Les voiliers du grand bassin, le théâtre de marionnettes, les aires de jeux au sud du jardin et les poneys, selon la saison.

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