Monuments

Le Val-de-Grâce : une reine, vingt-trois ans d'attente et un enfant

Anne d'Autriche promet une église si Dieu lui donne un fils. Elle attend vingt-trois ans. L'enfant sera Louis XIV, et l'église l'une des plus belles coupoles de Paris.

En haut de la rue Saint-Jacques, une façade monumentale et un dôme qu'on aperçoit de loin. C'est l'un des rares morceaux de baroque romain à Paris, et il doit son existence à une situation très privée : un couple royal qui n'arrivait pas à avoir d'enfant.

Le vœu

Anne d'Autriche épouse Louis XIII en 1615. Elle a quatorze ans, lui aussi. Le mariage est politique, le couple ne s'entend pas, et surtout il reste sans enfant pendant plus de vingt ans. Dans une monarchie héréditaire, c'est une crise d'État permanente.

La reine, très pieuse, s'est attachée à une petite abbaye bénédictine installée à Bièvres, le Val-de-Grâce, qu'elle fait transférer à Paris en 1621, au bout de la rue Saint-Jacques, alors en pleine campagne. Elle y a son appartement et y fait retraite.

Elle promet d'y élever une église magnifique si Dieu lui donne un fils. En septembre 1638, après vingt-trois ans de mariage, naît Louis Dieudonné, futur Louis XIV. Le surnom, « donné par Dieu », dit assez comment la naissance a été reçue.

La première pierre est posée en 1645 par l'enfant lui-même, âgé de sept ans.

Un chantier contrarié

Le premier architecte est François Mansart, le plus grand de son temps et le plus impossible à gérer : il refait, il recommence, il dépense. Au bout de deux ans, les fondations seules sont achevées et le budget est entamé. Il est remercié.

Jacques Le Mercier lui succède, puis Pierre Le Muet et Gabriel Le Duc. L'église est achevée en 1667. Elle garde le plan et l'élévation voulus par Mansart, ce qui est une forme de justice.

Le modèle avoué est romain : une façade à deux niveaux superposés et volutes, un baldaquin à colonnes torses au-dessus de l'autel, directement inspiré de celui du Bernin à Saint-Pierre, et un dôme élevé. C'est ce qui rend le bâtiment si peu parisien.

La coupole de Mignard

En 1663, Pierre Mignard peint à fresque l'intérieur du dôme : la Gloire des bienheureux. Plus de deux cents personnages, Anne d'Autriche figurée en train d'offrir l'église, et une composition en spirale qui attire l'œil vers le haut.

C'est l'une des plus grandes fresques de France, et elle a eu un effet secondaire : Molière, ami de Mignard, lui a consacré un long poème, La Gloire du Val-de-Grâce, qui est à la fois une description et un manifeste pour la peinture à fresque contre la peinture à l'huile. Une querelle d'ateliers du XVIIᵉ siècle dont il reste un texte.

Levez les yeux dès l'entrée dans la croisée : c'est pour cela qu'on vient.

De l'abbaye à l'hôpital militaire

La Révolution supprime l'abbaye. Les bâtiments conventuels, vastes et bien construits, sont convertis en hôpital militaire dès 1793. Ils le resteront plus de deux siècles.

Le Val-de-Grâce devient l'hôpital des armées par excellence : école d'application du service de santé militaire, lieu de soin des chefs d'État et des blessés de guerre. L'hôpital a fermé ses activités de soin en 2016, mais le site reste militaire et abrite l'École du Val-de-Grâce et un musée du service de santé des armées.

Cette double identité explique l'accès : l'église et le cloître se visitent, mais par le musée et selon ses horaires, et le reste du site n'est pas ouvert.

Vérifiez les jours et horaires d'ouverture avant de vous déplacer : ils sont plus restreints que ceux d'un monument ordinaire, et le site peut fermer sans préavis.

Autour

Le haut de la rue Saint-Jacques est l'un des coins les moins fréquentés du 5ᵉ, et l'un des plus agréables.

  • L'Observatoire de Paris, fondé en 1667, à cinq minutes. Son méridien, tracé avant Greenwich, traverse Paris du nord au sud, et des médaillons de bronze au sol le signalent en plusieurs points de la ville.
  • La fontaine de l'Observatoire, de Davioud et Carpeaux, dans l'axe du Luxembourg.
  • Saint-Jacques-du-Haut-Pas, austère et silencieuse, à mi-pente.
  • Le Jardin du Luxembourg, dont la grille sud est à sept minutes.

Questions fréquentes

Peut-on visiter le Val-de-Grâce ?

L'église et le cloître se visitent par l'intermédiaire du musée du service de santé des armées, selon des horaires limités. Le reste du site est militaire et fermé au public.

Pourquoi Anne d'Autriche a-t-elle fait construire cette église ?

Par vœu. Elle avait promis d'élever une église si elle avait un fils, après plus de vingt ans de mariage sans enfant. Louis XIV naît en 1638 et la première pierre est posée en 1645.

Qui a peint la coupole ?

Pierre Mignard, en 1663. La fresque représente la Gloire des bienheureux et compte plus de deux cents personnages. Molière lui a consacré un poème.

Le Val-de-Grâce est-il encore un hôpital ?

Les activités de soin ont cessé en 2016. Le site reste militaire et accueille l'École du Val-de-Grâce et un musée.

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