Promenades

La rue Mouffetard, la Contrescarpe et le vrai marché du quartier

Une voie romaine devenue rue de village, un marché qui tient depuis des siècles, et le Paris d'Hemingway à deux pas.

Elle descend du haut de la montagne Sainte-Geneviève vers l'ancienne porte de la ville, et elle le fait depuis deux mille ans. C'est la rue la plus photographiée du 5ᵉ et l'une des plus mal comprises : son charme n'est pas en haut, où tout le monde s'arrête.

Une route romaine

La Mouffetard suit le tracé de la voie romaine qui reliait Lutèce au sud de la Gaule, vers Lyon et l'Italie. Elle traverse ensuite un faubourg hors les murs, le bourg Saint-Médard, resté longtemps rural et pauvre.

Son nom viendrait de la Bièvre, rivière aujourd'hui enterrée qui coulait en contrebas et qui puait : les tanneurs, les teinturiers et les bouchers y rejetaient leurs eaux. Mouffette désignait une odeur infecte. On a aussi proposé « mont Cétard », moins pittoresque et sans doute plus juste.

Elle n'a jamais été percée ni élargie par Haussmann, ce qui est exactement la raison pour laquelle elle a gardé ses deux mètres de trottoir, ses immeubles de guingois et ses enseignes anciennes.

Le marché, et comment ne pas se tromper

Le haut de la rue, entre la place de la Contrescarpe et la rue de l'Épée-de-Bois, est devenu un alignement de restaurants à menu touristique et de crêperies. Évitez d'y manger.

Le vrai marché commence plus bas, à partir de la rue de l'Arbalète, et se tient du mardi au dimanche matin. Il n'est pas constitué d'étals mais de boutiques ouvertes sur la rue : poissonniers, fromagers, primeurs, un boucher, un tripier. L'affluence est celle d'un quartier qui fait ses courses, pas celle d'une attraction.

Descendez jusqu'à l'église Saint-Médard, au bas de la rue, qui ferme la perspective. Son cimetière a été au XVIIIᵉ siècle le théâtre des convulsions jansénistes, phénomène d'hystérie collective si spectaculaire que Louis XV fit fermer le lieu, ce qui valut à la porte cette inscription moqueuse : « De par le roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu. »

Le dimanche matin, un orchestre joue parfois devant Saint-Médard et les gens dansent sur le trottoir. Ce n'est pas organisé pour les visiteurs ; c'est un usage du quartier.

La place de la Contrescarpe

En haut de la rue, une petite place ronde plantée d'arbres, avec une fontaine et quatre terrasses. Son nom vient de la contrescarpe de l'enceinte de Philippe Auguste, dont le mur passait juste à côté.

C'est un bon endroit pour prendre un café en fin d'après-midi, à condition de savoir qu'on paie la place. Les cafés y sont plus chers que trente mètres plus loin.

Au 1 de la place, une plaque rappelle le cabaret de la Pomme de Pin, cité par Rabelais et fréquenté par les poètes de la Pléiade.

Hemingway, au 74 rue du Cardinal-Lemoine

À deux pas de la Contrescarpe, au 74 rue du Cardinal-Lemoine, une plaque indique que l'écrivain y a vécu de 1922 à 1923, au troisième étage, avec sa première femme Hadley. L'appartement n'avait ni eau chaude ni toilettes ; il travaillait dans une chambre louée au dernier étage d'un hôtel de la rue Descartes.

Dans Paris est une fête, écrit quarante ans plus tard, il décrit ce quartier avec une précision de topographe : les cafés de la place, la chèvre du chevrier qui montait la rue en jouant du pipeau, le froid, la faim, et le Luxembourg traversé pour éviter les restaurants dont l'odeur était insupportable à un homme qui n'avait pas mangé.

Au 39 rue Descartes, une autre plaque marque l'hôtel où Verlaine est mort en 1896 et où Hemingway a loué sa chambre de travail. Les deux dates s'ignorent de trente ans ; la rue les a réunies.

Prolonger la promenade

Depuis le bas de la Mouffetard, trois directions valent la peine.

  • Le Jardin des Plantes, à sept minutes à l'est. Jardin botanique créé en 1635, ménagerie, grandes serres, et la Grande Galerie de l'Évolution avec sa file d'animaux en procession.
  • La Grande Mosquée de Paris, juste à côté, construite dans les années 1920. Patio, zelliges, et un salon de thé où l'on boit un thé à la menthe sous les platanes.
  • Les arènes de Lutèce, au nord, par la rue Monge.

Le tout tient dans un carré de cinq cents mètres de côté, et constitue sans doute la plus dense demi-journée de marche de Paris.

Questions fréquentes

Quels jours a lieu le marché de la rue Mouffetard ?

Les commerces de bouche sont ouverts du mardi au samedi, et le dimanche matin, avec une fermeture générale le lundi. Le dimanche matin est le moment le plus animé.

Où manger rue Mouffetard sans se tromper ?

Évitez le haut de la rue, entre la Contrescarpe et la rue de l'Épée-de-Bois, où les menus sont calibrés pour les visiteurs. Les bonnes adresses sont dans les rues adjacentes et dans le bas de la rue.

La Bièvre existe-t-elle encore ?

Elle coule sous terre, canalisée depuis le début du XXᵉ siècle. Des projets de réouverture partielle existent en amont de Paris, et quelques plaques signalent son tracé dans le 5ᵉ et le 13ᵉ.

Peut-on visiter l'appartement d'Hemingway ?

Non, c'est un immeuble privé. Seule la plaque au 74 rue du Cardinal-Lemoine est visible depuis la rue.

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