Promenades

Les quais, les bouquinistes et les librairies du Quartier latin

Trois kilomètres de boîtes vertes le long de la Seine, la plus célèbre librairie anglophone du monde, et un quartier qui vit encore du livre.

Paris est la seule grande ville au monde dont le fleuve est bordé de librairies en plein air. Elles tiennent là depuis le XVIᵉ siècle, elles ont été interdites, tolérées, réglementées, et elles sont toujours là. Voici comment en profiter, et où continuer une fois les quais remontés.

Les boîtes vertes

Il y a environ deux cent trente bouquinistes, et près de neuf cents boîtes, réparties sur trois kilomètres de parapets, des deux côtés de la Seine, du pont Marie au quai du Louvre rive droite, et du quai de la Tournelle au quai Voltaire rive gauche.

Les boîtes sont normalisées : vert wagon, dimensions imposées, quatre par emplacement, et il est interdit d'en ouvrir plus d'une sur quatre à autre chose qu'au livre. C'est ce qui empêche les quais de devenir un marché de souvenirs, même si la règle se négocie.

Le métier remonte aux colporteurs du XVIᵉ siècle qui vendaient des livres à la sauvette sur le Pont-Neuf. Les libraires installés les ont fait chasser plusieurs fois ; ils sont toujours revenus. Ils obtiennent un statut au XIXᵉ siècle, avec des emplacements numérotés et une redevance. Aujourd'hui, la Ville attribue les emplacements gratuitement, sur dossier, à charge d'ouvrir un minimum de jours par an.

Les berges de la Seine sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1991, et les bouquinistes y figurent comme élément du paysage.

Comment chiner sans perdre son temps

  • Allez-y l'après-midi. Beaucoup n'ouvrent qu'à partir de 11 heures ou midi, et certains seulement quand il fait beau : les boîtes ne sont pas étanches.
  • Rive gauche, entre le pont Saint-Michel et le pont de la Tournelle, pour les livres. Rive droite, davantage d'affiches, de gravures et de cartes postales anciennes.
  • Demandez. Beaucoup de bouquinistes sont spécialisés, et ce qui est en boîte n'est qu'une partie de leur stock. Un amateur de littérature policière, d'aviation ou d'histoire locale trouvera son interlocuteur en deux questions.
  • Négociez un lot, pas une pièce. L'usage se prête mal au marchandage sur un seul livre.
  • Les gravures encadrées à cinq euros sont presque toujours des reproductions découpées dans des ouvrages du XIXᵉ siècle. Ce n'est pas un faux, mais ce n'est pas une estampe originale.

Shakespeare and Company

Au 37 rue de la Bûcherie, en face de Notre-Dame, une façade jaune et verte, des livres jusqu'au plafond, un piano à l'étage et des lits entre les rayonnages.

Attention à la confusion, qui est entretenue. La première Shakespeare and Company, celle de Sylvia Beach, était au 12 rue de l'Odéon, de 1919 à 1941. C'est elle qui a publié Ulysse de Joyce en 1922 quand personne n'en voulait, et qui a servi de salon aux Américains de Paris, Hemingway compris. Elle a fermé sous l'Occupation et n'a jamais rouvert.

La librairie actuelle a été fondée en 1951 par George Whitman sous le nom de Le Mistral. Il l'a rebaptisée en 1964, à la mort de Sylvia Beach et avec son accord, en hommage. Depuis l'origine, elle loge gratuitement des écrivains de passage, les Tumbleweeds, en échange de quelques heures de travail par jour, d'une page d'autobiographie et de la lecture d'un livre par jour. Plusieurs dizaines de milliers de personnes y ont dormi.

Il y a presque toujours la queue devant. Entrez quand même : la file avance, et l'étage, avec sa bibliothèque de consultation et son piano, est un endroit que l'on n'oublie pas.

Les librairies du quartier

Le Quartier latin est resté, malgré les loyers, le quartier le plus dense en librairies de Paris.

  • Boulevard Saint-Michel, les grandes maisons d'occasion et de livres scolaires, où l'on achète et revend ses manuels depuis des générations.
  • Rue Saint-Jacques et rue Soufflot, les libraires universitaires, spécialisés par discipline.
  • Rue de l'Odéon, à la limite du 6ᵉ, les libraires anciens et les éditions originales.
  • Autour de la place de la Sorbonne, les librairies de philosophie et de sciences humaines.

Et pour prolonger la soirée, le quartier a gardé le plus grand nombre de cinémas d'art et essai de la capitale, concentrés rue des Écoles et rue Champollion : trois salles dans une seule rue, qui programment des rétrospectives en version originale toute l'année. C'est l'une des choses qui distinguent encore nettement ce quartier de tous les autres.

La promenade, d'un bout à l'autre

Une heure et demie, sans se presser.

  1. Départ pont de la Tournelle, avec la statue de sainte Geneviève qui regarde vers l'amont.
  2. Remontez le quai de Montebello le long des boîtes, Notre-Dame en face.
  3. Faites le crochet par le square René-Viviani et son robinier, planté en 1601, le plus vieil arbre de Paris, étayé par une béquille de pierre.
  4. Saint-Julien-le-Pauvre, juste derrière, l'une des plus anciennes églises de la ville.
  5. Shakespeare and Company, à vingt mètres.
  6. Poursuivez par le quai Saint-Michel, puis le quai des Grands-Augustins jusqu'au pont des Arts.

Au retour, remontez par la rue de l'Odéon jusqu'au Luxembourg.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de bouquinistes à Paris ?

Environ deux cent trente, pour près de neuf cents boîtes réparties sur trois kilomètres de quais, des deux côtés de la Seine.

À quelle heure ouvrent les bouquinistes ?

Il n'y a pas d'horaire commun. Beaucoup ouvrent vers midi et ferment à la tombée du jour, et certains n'ouvrent pas par mauvais temps.

Shakespeare and Company est-elle la librairie de Sylvia Beach ?

Non. Celle de Sylvia Beach était rue de l'Odéon de 1919 à 1941. La librairie actuelle, rue de la Bûcherie, a été fondée en 1951 et a repris le nom en 1964, en hommage.

Peut-on vraiment dormir à Shakespeare and Company ?

La librairie loge depuis l'origine des écrivains de passage en échange de quelques heures de travail. Les places sont rares et la demande énorme ; cela se demande sur place.

Où est le plus vieil arbre de Paris ?

Au square René-Viviani, derrière Saint-Julien-le-Pauvre : un robinier faux-acacia planté en 1601, aujourd'hui soutenu par un support de pierre.

Tous les articlesLe quartier latinExplorer Paris