Histoire

Le Paris gallo-romain : les arènes de Lutèce et les thermes de Cluny

Deux ruines romaines en plein Quartier latin, l'une redécouverte par hasard en 1869, l'autre jamais perdue. Et une licorne, au milieu.

Paris s'appelait Lutèce et tenait sur la rive gauche, autour d'une rue qui existe toujours : la rue Saint-Jacques, ancien cardo, l'axe nord-sud de la ville romaine. De cette ville-là, il reste deux monuments debout, et ils sont tous les deux à dix minutes de marche l'un de l'autre.

Où était Lutèce

Contrairement à ce qu'on raconte souvent, la ville romaine n'était pas sur l'île de la Cité, ou pas seulement. Le cœur urbain, avec forum, théâtre, thermes et aqueduc, se trouvait sur le flanc de la montagne Sainte-Geneviève, à l'emplacement actuel du Quartier latin.

Le forum s'élevait vers l'actuelle rue Soufflot ; on en a retrouvé des fondations sous les immeubles. L'axe principal descendait la rue Saint-Jacques jusqu'à un pont vers l'île. Un aqueduc amenait l'eau de Rungis, sur seize kilomètres, pour alimenter trois ensembles de thermes.

La ville décline au IIIᵉ siècle sous la pression des invasions, et se replie sur l'île, plus facile à défendre. Les monuments du plateau sont abandonnés, pillés pour leurs pierres, puis recouverts. Ils ne réapparaîtront qu'au XIXᵉ siècle, par accident.

Les arènes de Lutèce

Construites au Iᵉʳ ou IIᵉ siècle, les arènes sont un bâtiment hybride, mi-amphithéâtre mi-théâtre : des gradins en hémicycle, une arène ovale pour les combats, et une scène avec des niches pour les spectacles. Elles pouvaient accueillir quelque quinze mille personnes, bien plus que la population de la ville, ce qui laisse penser qu'on y venait de toute la région.

Elles disparaissent complètement. En 1869, la Compagnie générale des omnibus creuse un dépôt rue Monge et met au jour des gradins. On s'apprête à poursuivre les travaux. Une campagne de presse s'organise, menée par la Société des amis des arènes, à laquelle Victor Hugo prête sa signature : « Il n'est pas possible que Paris, la ville de l'avenir, renonce à la preuve vivante qu'elle a été la ville du passé. »

Le sauvetage sera partiel et lent. Le dégagement complet n'intervient qu'en 1917, et une bonne partie des gradins est une reconstitution. Qu'importe : le lieu existe. Et c'est aujourd'hui l'un des endroits les plus étonnants de Paris, parce qu'on y joue au football et à la pétanque entre les gradins antiques, sans barrière et sans billet.

L'entrée principale est au 49 rue Monge, par un passage étroit entre deux immeubles. On peut aussi entrer par la rue des Arènes ou par le square Capitan. Accès libre.

Les thermes de Cluny

À l'angle du boulevard Saint-Michel et du boulevard Saint-Germain, un mur romain de dix-huit mètres de haut, en petit appareil avec des chaînages de brique, borde la rue. Ce sont les thermes du Nord, les plus grands des trois que comptait Lutèce, construits à la fin du IIᵉ ou au début du IIIᵉ siècle.

Ils n'ont jamais été perdus : on les a réemployés, habités, transformés en jardins et en caves tout au long du Moyen Âge. C'est pourquoi le frigidarium, la salle froide, est encore couvert de sa voûte d'origine, à quatorze mètres de hauteur. C'est l'une des rares voûtes romaines conservées au nord des Alpes, et son effet, quand on entre, est saisissant : une salle immense, nue, en pierre, avec des consoles sculptées de proues de navires — probablement une référence aux nautes de la Seine, la corporation des bateliers qui a sans doute financé le bâtiment.

L'hôtel de Cluny et la Dame à la licorne

Contre les thermes, les abbés de Cluny font bâtir à la fin du XVᵉ siècle un hôtel particulier gothique flamboyant, avec tourelle d'escalier, créneaux décoratifs et une cour à l'ancienne. L'ensemble, antique et médiéval collés l'un à l'autre, abrite depuis 1843 le musée de Cluny, musée national du Moyen Âge, rouvert en 2022 après une longue rénovation et doté d'une nouvelle entrée.

On y voit les vingt et une têtes des rois de Juda arrachées à la façade de Notre-Dame en 1793, retrouvées par hasard en 1977 dans une cave du 9ᵉ arrondissement. On y voit des vitraux de la Sainte-Chapelle, des ivoires, des retables.

Et on y voit La Dame à la licorne. Six tapisseries tissées vers 1500 dans les Flandres, sur fond rouge semé de fleurs, de lapins et de petits animaux. Cinq représentent les sens : la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat, le toucher. La sixième porte une inscription sur une tente, À mon seul désir, et personne ne s'accorde sur ce qu'elle signifie. La dame y dépose ou y reprend un collier ; renoncement ou choix, on ne sait pas.

Elles sont présentées dans une salle ronde et sombre, et l'on peut y rester longtemps.

Les autres traces, pour qui veut chercher

  • La crypte archéologique de l'île de la Cité, sous le parvis de Notre-Dame : des murs du IVᵉ siècle, des quais, des hypocaustes.
  • La rue Saint-Jacques elle-même : elle suit exactement le tracé du cardo maximus, depuis la Seine jusqu'au sommet de la colline, et c'est la plus vieille rue de Paris en activité.
  • Le pilier des Nautes, offert par les bateliers sous Tibère, conservé au musée de Cluny : le plus ancien monument sculpté de Paris.
  • L'arène du square Capitan, attenante aux arènes, où subsistent des gradins moins restaurés.

Questions fréquentes

Les arènes de Lutèce sont-elles gratuites ?

Oui, l'accès est libre aux heures d'ouverture du square. C'est un jardin public, où l'on joue au ballon et à la pétanque.

Où se trouve l'entrée des arènes ?

Au 49 rue Monge, par un passage entre deux immeubles qu'on rate facilement. Deux autres accès existent, rue des Arènes et par le square Capitan.

Que voir au musée de Cluny en une heure ?

Le frigidarium romain, les têtes des rois de Juda de Notre-Dame, et la salle de La Dame à la licorne. C'est l'essentiel, et c'est faisable en une heure.

Que signifie « À mon seul désir » ?

Personne ne le sait avec certitude. On y a lu un renoncement aux sens, une déclaration d'amour, un choix libre. L'ambiguïté fait partie de l'œuvre.

Peut-on voir les thermes sans entrer au musée ?

En partie : le mur du frigidarium est visible depuis le boulevard Saint-Michel et le boulevard Saint-Germain. L'intérieur de la salle voûtée suppose un billet.

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