Entre le Jardin des Plantes et la rue Monge, un mur blanc et un minaret carré. On y entre pour le salon de thé, on y reste pour le patio. Mais le bâtiment a été construit pour une raison précise, et elle est inscrite sur la façade.
Pourquoi elle est là
Pendant la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de soldats venus d'Afrique du Nord et d'Afrique de l'Ouest combattent dans l'armée française. Des dizaines de milliers y meurent, beaucoup de confession musulmane.
Au lendemain de la guerre, l'idée d'un lieu de culte musulman à Paris, déjà ancienne, trouve un argument décisif : ce sera un geste de reconnaissance. La loi de 1920 vote une subvention pour la construction d'un institut musulman. Les travaux commencent en 1922 et la mosquée est inaugurée en 1926.
L'édifice est donc à la fois un lieu de culte, un monument commémoratif et un geste politique d'un empire colonial envers ses sujets. Les trois dimensions sont inséparables, et toutes trois sont encore discutées.
Un morceau d'Afrique du Nord posé dans le 5ᵉ
Le parti architectural est explicitement hispano-mauresque, inspiré de la mosquée Quaraouiyine de Fès. Des artisans sont venus d'Afrique du Nord pour les zelliges, les stucs sculptés et les plafonds de cèdre peints à la main.
Le minaret, carré, s'élève à trente-trois mètres. Il ne sert pas à l'appel à la prière, qui n'est pas diffusé vers l'extérieur, mais il est visible de loin dans un quartier bas.
Le patio est le cœur du lieu : une cour à galeries, un bassin, des arcades outrepassées, des mosaïques du sol au plafond. Il est conçu pour la fraîcheur et pour le silence, et il les produit encore, à cinquante mètres d'une rue passante.
Le jardin, plus loin, est plus végétal et moins parcouru, avec des fontaines et des figuiers.
Pendant l'Occupation
Une histoire circule sur le rôle de la mosquée entre 1940 et 1944 : des Juifs y auraient été cachés, et des certificats de confession musulmane délivrés pour les protéger des contrôles.
Il faut être précis, parce que le sujet a été beaucoup romancé. Que la mosquée ait servi de refuge et de relais, que des papiers aient été fournis à des personnes menacées, que des résistants y aient trouvé abri : des témoignages concordants l'établissent, et le recteur de l'époque, Si Kaddour Benghabrit, est reconnu pour y avoir pris part. En revanche, les chiffres avancés varient énormément selon les sources, de quelques dizaines à plus de mille, et aucun n'est documenté de manière solide. Les historiens restent prudents.
Ce qui est certain, c'est que le bâtiment a tenu un rôle, et que ce rôle a longtemps été peu raconté.
La visite, le hammam et le thé
La mosquée se visite, hors des heures de prière, moyennant un billet. On parcourt le patio, les galeries et le jardin ; la salle de prière n'est pas accessible aux visiteurs. Une tenue correcte est attendue, et les épaules et les jambes couvertes.
Le hammam, accessible par une entrée distincte, fonctionne en alternance pour les femmes et pour les hommes selon les jours. C'est un hammam traditionnel, avec salles chaudes, gommage et repos, et non un spa.
Le salon de thé, lui, a sa propre entrée rue Geoffroy-Saint-Hilaire et ne nécessite pas de billet. On y boit un thé à la menthe sous les figuiers, avec des pâtisseries au miel, au milieu d'un public très mélangé d'étudiants, de touristes et d'habitués. C'est, par beau temps, l'une des terrasses les plus agréables de Paris.
Les jours et horaires du hammam et de la visite changent. Vérifiez avant de vous déplacer, en particulier pendant le ramadan et les fêtes.
Questions fréquentes
Peut-on visiter la Grande Mosquée de Paris ?
Oui, le patio, les galeries et le jardin se visitent avec un billet, hors heures de prière. La salle de prière n'est pas ouverte aux visiteurs.
Le salon de thé est-il payant à l'entrée ?
Non, il a sa propre entrée rue Geoffroy-Saint-Hilaire et n'exige pas de billet de visite. On y consomme sur place.
Quand la mosquée a-t-elle été construite ?
Les travaux ont commencé en 1922 et elle a été inaugurée en 1926, à la suite d'une loi de 1920 votant une subvention, en hommage aux soldats musulmans morts pendant la Première Guerre mondiale.
Le hammam est-il mixte ?
Non. Il fonctionne en alternance, certains jours pour les femmes et d'autres pour les hommes. Les jours varient, vérifiez avant de venir.
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